La surcharge versus la disponibilité chez la personne autiste

La surcharge versus la disponibilité chez la personne autiste

Par Rachel Ouellet


La surcharge sensorielle fait partie des causes majeures d’un manque de disponibilité chez la personne TSA. Être complètement envahi par les stimuli autour de soi, ne plus être capable de rien endurer rend forcément indisponible pour toute autre chose. La disponibilité est un état physique, émotif et cognitif propice au traitement de ce qui se passe en nous et autour de nous. Nous sommes disponibles quand nous sommes réceptifs, prêts à apprendre et à faire ce qui est attendu de nous. Nous vivons positivement ce que nous devons vivre.

Plusieurs éléments peuvent contribuer à nous garder disponibles et, à l’inverse, nuire grandement à notre état de disponibilité. Du côté physique, la faim, la fatigue ou la douleur peuvent réduire rapidement notre disponibilité. Les sensations physiques, bonnes ou désagréables, font en sorte que nous nous concentrons davantage sur elles que sur ce que nous devons faire. L’attention, qui est une fonction cognitive, est directement touchée par un manque de sommeil. La faim nous empêche d’avoir de l’énergie pour réfléchir et pour agir. Donc, elle contribue également à une diminution de l’attention.

Sur le plan émotif, être joyeux et de bonne humeur favorise notre participation et notre intérêt pour ce que nous vivons. À l’inverse, l’ennui, la colère ou l’anxiété perturbent énormément notre disponibilité. Sur le plan cognitif, une bonne faculté d’attention, de la flexibilité cognitive et une bonne vitesse de traitement de l’information permettent un fonctionnement optimal. La compréhension de ce que les autres exigent de nous et la capacité de nous exprimer sont d’autres facteurs de disponibilité tout à fait logiques. Si nous ne sommes pas capables de comprendre ce que les autres nous veulent, il est fort probable que nous vivrons des moments anxiogènes qui nous amèneront à être de moins en moins en état de fonctionner.

Les causes du manque de disponibilité de la personne autiste sont multiples, mais ce sont régulièrement les mêmes que nous observons. La raison principale d’un manque de disponibilité, outre les surcharges sensorielles, est un manque de compréhension. Quand on passe ses journées à ne pas comprendre l’environnement qui nous entoure, qu’on ne comprend pas les comportements des autres, qu’on ne comprend pas ce qu’ils nous disent, on atteint rapidement ses limites cognitives et émotives.


Pour mieux comprendre, voici des causes qui peuvent apporter une baisse de disponibilité ainsi que les comportements observés à ces moments, chez la personne autiste.


Les raisons TSA qui peuvent apporter une baisse de disponibilité

Les manques de compréhension de toutes sortes et l’aspect cognitif 

  • La personne ne comprend pas l’environnement dans lequel elle est.
  • Elle ne comprend pas nos exigences.
  • Elle a perdu ses points de repère.
  • On parle trop et elle n’arrive pas à tout comprendre.
  • On surévalue sa compréhension verbale.
  • Elle n’a pas les outils autistiques de base pour fonctionner.
  • Elle est verbale, mais nos explications sont trop longues et abstraites.
  • Elle n’a jamais vécu ce qu’on lui présente et ne sait pas du tout à quoi s’attendre.
  • Nous ne sommes pas cohérents et les demandes changent d’une personne à l’autre.
  • Elle ne comprend pas le comportement des autres.
  • Elle ne comprend pas les changements et les imprévus.
  • Elle manque de flexibilité cognitive en général.
  • Elle comprend la demande, mais ne sait pas du tout quoi faire pour y répondre.
  • Elle ne décode pas les messages non verbaux.
  • Elle a des difficultés d’organisation et de planification.
  • Sa mémoire a des limites.
  • Les consignes sont trop nombreuses.
  • Son traitement de l’information est plus lent.
  • Elle n’arrive pas à trouver de solution pour franchir un obstacle.
  • Elle souffre d’une surcharge cognitive.
  • Elle a accumulé de la fatigue cognitive et n’est plus capable de réfléchir correctement.
  • Etc. 

L’aspect physique 

  • Elle est hypersensible et/ou hyposensible.
  • Elle ne comprend pas ses sensations physiques et n’arrive pas à les soulager.
  • Elle est envahie par des stimuli de toutes sortes.
  • Elle reçoit des contacts physiques non désirés et ne comprend pas les intentions des autres.
  • Sa motricité fine et globale est limitée, rendant les tâches complexes.
  • Etc.

Les aspects émotif et social 

  • Elle est anxieuse en raison des multiples moments d’incompréhension qu’elle vit.
  • Elle s’emporte, car elle ne sait pas réguler ses émotions.
  • Elle comprend difficilement les émotions des autres et n’arrive pas toujours à saisir ce qu’ils ressentent.
  • Elle fait de mauvais liens et interprète mal la situation (liens rigides).
  • La nouveauté et le changement la rendent anxieuse.
  • Elle imagine des scénarios catastrophes.
  • Elle réfléchit en noir et blanc : tout est parfait ou tout est très grave.
  • Elle perçoit mal les intentions d’autrui.
  • Etc.

Voici les indicateurs d’une perte de disponibilité chez la personne TSA

  • Son niveau d’attention diminue manifestement.
  • Son agitation motrice augmente.
  • Elle fait des tentatives pour mettre fin à l’activité en cours.
  • Elle parle de moins en moins.
  • Elle répond uniquement par oui ou par non aux questions.
  • Elle n’arrive plus à faire des phrases complètes ou ses paroles n’ont pas de sens.
  • Elle ne fait que répéter ce que vous dites, comme un petit robot.
  • Elle répond je ne sais pas ou je ne veux pas à presque tout.
  • Elle évite votre regard ou, à l’inverse, elle vous fixe intensément.
  • Elle semble éparpillée, elle ne se met pas en train.
  • Le délai de son traitement de l’information augmente (sa réflexion est plus lente).
  • Elle fait davantage de bruits de bouche ou pousse de petits cris.
  • Elle répète en continu les mêmes choses.
  • Elle fait davantage d’écholalie, et celle-ci est non fonctionnelle.
  • Elle vient constamment poser la même question.
  • Elle se balance d’avant en arrière plus intensément.
  • Elle éprouve une grande difficulté à rester assise.
  • Elle mâchouille presque tout.
  • Elle cache ses oreilles avec ses mains.
  • Elle se montre irritable.
  • Elle se couvre la tête.
  • Elle vous regarde avec un sourire particulier, souvent accompagné de grands yeux ouverts (ce sourire n’est pas du tout un sourire de joie et ne doit pas être interprété ainsi).

Et voici les comportements qui indiquent que la personne autiste est, au contraire, bien disponible !

  • La personne écoute et est attentive.
  • Elle est intéressée par ce qu’on lui montre.
  • Elle accepte notre présence et semble l’apprécier.
  • Elle est souriante et de bonne humeur.
  • Elle veut sociabiliser, si elle a atteint ce niveau de développement.
  • Elle est organisée, selon ce qu’on connaît d’elle.
  • Elle veut jouer, faire des activités.
  • Elle répond aux exigences.
  • Elle vient vers nous pour nous montrer ce qu’elle fait.
  • Elle est curieuse.
  • Elle est capable d’utiliser les adaptations TSA qu’elle connaît.
  • Nous la sentons calme et réceptive.
  • Si c’est une personne verbale, la conversation avec elle est fluide et calme.
  • Etc.

Alors, quoi faire en cas de surcharge ?


Donner des pauses préventives !

Toute personne autiste a besoin régulièrement de pauses préventives dans sa journée. Une pause préventive est un moment où on permet à la personne de se couper des stimuli, de recharger ses batteries et de ne plus avoir à répondre aux exigences de l’environnement et des autres.

La pause permet de traiter les informations cognitives reçues et éviter qu’une fatigue ou qu’une saturation s’installe. Elle permet à la personne autiste de pouvoir faire ses comportements TSA sans jugement ou contrôle des autres. Car les comportements autistiques sont importants et nécessaires. La pause permet d’éviter des surcharges sensorielles ainsi que les difficultés comportementales qui pourraient survenir alors.

La pause doit permettre aussi que la personne TSA n’ait plus à traiter le langage verbal des autres. Fatiguée, en surcharge et/ou anxieuse, le langage verbal chez la personne autiste devient alors un autre surplus d’informations qu’elle doit traiter.


Les règles à suivre pour la pause préventive

Premièrement la pause doit être offerte en prévention. Car comme son nom l’exige, elle doit être préventive. C’est-à-dire, être donnée avant que la personne soit en surcharge ou avant d’avoir à faire des comportements inadéquats pour les obtenir.


Un mode d’emploi simple

Couper le langage verbal inutile (rien de mieux que le silence).

Couper le bruit et les autres stimuli inutiles si possible.

Trouver un endroit calme, isolé et comfortable.

Offrir une couverture et un matelas si possible, pour que la personne puisse s’étendre. Plusieurs personnes autistes aiment se couper des stimuli en se cachant sous une couverture.

Permettre les intérêts restreints ou d’en parler.

Permettre les comportements TSA sans restriction sauf si dangereux (ex: rocking, sautillier sur place, bruits de bouche…).

Cesser complètement les exigences. Nous ne parlons plus sauf pour des consignes essentielles et laissons la personne tranquille.

L’adulte avec un lien de confiance reste disponible au besoin.

Prendre le temps qu’il faut pour un retour complet dans la disponibilité (voir les signes de disponibilité).


Alors voilà, rien de plus simple. Pour aider la personne autiste à retrouver sa disponibilité, rien de mieux que de la laisser tranquille dans un environnement calme et de cesser toute exigence, incluant d’arrêter de lui parler inutilement. Le calme ramènera tranquillement la disponibilité. Mais le plus important toutefois, est de permettre la pause avant qu’il ne soit trop tard. L’erreur est de la donner lorsque la personne autiste est déjà trop envahie et qu’elle se dirige vers la crise autistique. Et rendue à ce niveau, il sera laborieux de l’aider à se calmer. Encore une fois, mieux vaut prévenir, par une pause préventive, que guérir !

Et si vous désirez aller encore plus loin dans le monde merveilleux de l’autisme, si vous voulez avoir le « mode d’emploi TSA complet », je vous invite à lire mon livre, Autisme La boîte à outils des éditions de Mortagne.

Au plaisir