La neurodiversité : Le cerveau humain évolue

La neurodiversité : Le cerveau humain évolue

Réflexion sur les différentes formes d’intelligences humaines

Par Rachel Ouellet


Voici une réflexion sur l’intelligence humaine. Un écrit pour réfléchir selon un autre point de vue. Offrant des services pour les personnes autistes, TDA(H) et/ou ayant une douance, mon travail au quotidien est coloré d’intelligences différentes. De visions du monde uniques et plein de potentiels.

Le mouvement de la neurodiversité a pris place en 1998 grâce à une autiste militante Judy Singer. La neurodiversité est un mouvement qui amène une réflexion différente sur l’évolution de l’être humain dans ses multiples particularités. Nous ne formons pas un groupe de copies conformes qui fonctionnent de façon similaire dans un moule adapté à tous. L’intelligence humaine se développe dans toutes les directions et ses différences nous invitent à regarder le monde selon une possibilité de réflexions infinies. Pour comprendre ce mouvement, l’explication du site La neurodiversité : L’intelligence sous toutes ses formes est celle qui l’a traduit le mieux.


« Le mouvement de la neurodiversité est un mouvement de justice sociale qui favorise les droits civils, l’égalité, le respect et l’inclusion sociale complète. Ce mouvement souhaite faire comprendre la diversité neurologique, non pas comme des maladies, des troubles, des lacunes, des handicaps médicaux ou des déséquilibres par rapport à la norme, mais bien comme des fonctionnements différents naturels. Les militants travaillent pour l’élimination des appellations péjoratives, pathologiques ou de troubles en autres. Ils souhaitent que ces conditions neurologiques soient déclarées comme des caractéristiques biologiques représentant des formes alternatives naturelles de l’espèce humaine au même titre que la diversité culturelle, ethnique, sexuelle, etc. Cela implique aussi de réfuter l’existence d’un mode de vie se disant «normal» ou «sain» en fonction de la majorité de la population ».

« La neurodiversité est la diversité des cerveaux et des esprits humains. C’est la variation infinie du fonctionnement neurocognitif au sein de notre espèce ».


Ce mouvement auquel j’adhère de tout cœur, vise à changer nos perceptions de ce qu’est un cerveau « normal, conforme ou sain ». Plutôt que vouloir corriger, guérir ou rendre typique, la neurodiversité vise le soutien dans le respect du mode de fonctionnement de la personne. Il amène une réflexion collective importante face aux différentes formes d’intelligences et de la diversité naturelle humaine. L’autisme étant à l’origine du mouvement, il invite à accepter et à mettre en valeur ces variations neurologiques en soulignant ce potentiel différent.


Réfléchir différemment

On me pose régulièrement la question suivante : Y-a-t-il plus de personnes autistes ou TDA(H) qu’avant? Je réponds toujours à cette question que selon moi, la neurodiversité à toujours été présente chez l’humain. Nous nous sommes jamais autant intéressés à celle-ci, augmentant de jour en jour nos connaissances sur le sujet. Vous vous souvenez de vos grands-parents qui disaient qu’untel n’était pas fait pour les études? Qu’il était « très physique »? Très tôt il avait cessé l’école pour aller travailler à la ferme. Ou l’autre qui était un grand intellectuel sérieux qui évitait toujours les soirées familiales.

Peut-être que la neurodiversité augmente. Ça serait logique si on regarde les dernières recherches en neurosciences et face à la technologie par exemple. Notre cerveau change. Sans totalement se transformer, le cerveau utilise des zones davantage et d’autres moins qu’auparavant. Le cerveau se modifie en travaillant étroitement avec la technologie par exemple, pour développer de nouvelles capacités. Le cerveau est un organe unique et complexe, obéissant lui aussi à la loi de l’évolution de Darwin.

Vous connaissez Darwin? Il a apporté la théorie de l’évolution. L’humain comme toutes les espèces vivantes évolue et se transforme selon son environnement. Les espèces qui ne le font pas finissent par disparaître. Étant entouré de technologie de toutes sortes, n’est-il par logique que notre cerveau s’y adapte. Outre la technologie, jamais nos enfants ont autant été informés du monde dans lequel nous vivons. Notre vie collective ne se limite plus au village dans lequel nous avons grandi. Notre environnement est devenu mondial. Nos valeurs se transforment par notre plus grande ouverture face aux différentes formes de sexualité, de culture et de courants de pensée. On enseigne à nos enfants à réfléchir par eux-mêmes plutôt que de suivre une pseudo-autorité qui nous dirige et nous oblige à penser tous de la même façon. Nous développons une plus grande conscience de notre monde. Jamais dans son histoire l’être humain a autant fait d’études et d’apprentissages à la vitesse grand V qu’aujourd’hui. Il est normal que nos jeunes ne soient plus à l’image de nos parents, voire de nous-même. L’être humain évolue.


Mais qu’est-ce qui est « normal » aujourd’hui?

On parle souvent des atypies neurologiques comme des anomalies ou des troubles. Prises séparément, les statistiques nous démontrent un petit pourcentage pour chaque différence neurologique en comparaison à la norme. Du moins ce qui semble être la majorité. Pourtant lorsqu’on additionne tous les chiffres ensemble, la majorité devient beaucoup moins nombreuse qu’on le pense.


Au Canada les chiffres sont de 1,6% pour l’autiste. 11,3% pour le TDA(H) et 2,5% pour le haut potentiel intellectuel. En France leur chiffre est de 5% et étant plus spécialisés en douance que nous, j’estime leurs chiffres plus justes. Les personnes dyslexiques seraient à 6% et dysphasiques 7%. La dyspraxie est autour de 6% et Gilles de la Tourette 0,5%. Il y aurait entre 3% et 8% de personnes ayant une dyscalculie. Je tranche donc en deux pour avoir le chiffre de 5,5%. Idem pour la dysorthographie qui se situe entre 5% et 15% que je mettrai à 10% pour un calcul plus facile.


Pour un grand total de 52,9% de la population qui ne font pas partie de la norme neurologique.


Et c’est sans compter toutes les personnes, particulièrement les adultes qui n’ont pas été diagnostiquées. Combien de parents j’entends dire qu’eux aussi pensent qu’ils sont autistes, TDAH ou doués, sans compter la petite dernière qui semble l’être aussi. Elle ressemble tellement à son grand-papa. Deux copies identiques!

La majorité étant le plus gros chiffre, il semble que la neurodiversité l’emporte!

La « norme » n’est plus ce qu’elle était. Peut-être qu’elle ne l’a jamais été et qu’on le découvre seulement aujourd’hui. Étant majoritaire, peut-être est-il temps qu’on cesse de vouloir faire entrer la neurodiversité dans la case « normale ». De maintenant bâtir et penser en fonction de celle-ci. À ne pas considérer la neurodiversité pour ce qu’elle est et de poursuivre comme nous l’avons toujours fait est selon moi une erreur importante. Car notre système humain doit être repensé en fonction de ces formes d’intelligences, dans leurs forces et dans leurs défis. C’est peut-être pour cela qu’on sent un essoufflement dans le système éducatif. Faire entrer une majorité d’enfants atypiques dans un système d’apprentissage typique qui n’est pas le leur est forcément complexe.

Les personnes autistes pensent différemment, voient les choses d’une façon concrète et scientifique. Nos TDAH pensent en bougeant, en manipulant et tout ça très rapidement. Ils sont créatifs et inventifs. Le haut potentiel qui est un bel avantage selon moi, devient presque un problème si on se fie à ce que nous entendons ou lisons dans la littérature. Comment peut-on classer un potentiel intellectuel supérieur à la moyenne comme un problème? Parce que les doués ne fonctionnent pas davantage dans le moule de la normalité.


Et si nous pensions différemment ?

Aussi longtemps que nous verrons la neurodiversité comme un problème à traiter, nous ferons fausse route selon moi. Plutôt que de voir des lacunes, nous devrions repenser à ce qu’est l’être humain dans son ensemble. Notre mode de fonctionnement doit peut-être être révisé en ces années 2000. Plus rien n’est comparable à ce que nous étions et vivions voilà 50, 100 ou 1000 ans. L’être humain de l’avenir a commencé à se transformer aujourd’hui. Notre vie collective est devenue extrêmement variée, dans une infinité de nouvelles découvertes qui arrivent à chaque jour.

La neurodiversité est à l’image de ce changement. Prenons le temps de réfléchir différemment sur ces formes d’intelligences pour utiliser leurs potentiels variés. Et oui il y a des défis qui viennent avec ces particularités, c’est indéniable. La plupart toutefois arrivent lorsqu’on tente d’intégrer ces fonctionnements différents dans un moule de société unique et rigide.

Pourquoi ne pas fabriquer de nouveaux moules? Pour qu’il y en ait plusieurs en fait. Car l’être humain est plus complexe et varié qu’on pense. Nous pouvons viser un potentiel de développement plus large et ouvrir de nouvelles voies. Des voies pour penser différemment, pour construire une nouvelle destinée à l’intelligence humaine. Celle de la neurodiversité. De l’intelligence humaine dans toutes ses formes.


*Source : Le salon de la neurodiversité et la neurodiversité : l’intelligence sous toutes ses formes. Auteurs : Mathieu Giroux, Lucila Guerrero, Hugo Horiot, Alexandre Lapointe, Mélanie Ouimet, Charlotte Parzyjagla, Juliette Speranza.

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