Au tout début arriva les petites voitures…

Au tout début arriva les petites voitures…
Share on Pinterest
Share with your friends










Submit

Extrait de mon document en construction « Développer le plein potentiel: Les étapes d’interventions du développement de la personne TSA

Écrit par Rachel Ouellet

« Les étapes d’interventions du développement de la personne TSA est le résultat d’années d’interventions terrain, d’observations, de partage de connaissances, de formations, de lectures, de tests et d’évaluations du fonctionnement TSA, d’échanges avec des personnes autistes de tout âge ainsi que leur famille et les milieux scolaires.  De discussions avec des collègues et partenaires. Bref, je ne saurais précisément dire d’où m’est venue cette philosophie. D’un peu de partout je dirais.

Mais je suis persuadée que ce sont les personnes autistes qui ont été mes mentors. Ce sont elles qui m’ont montrée le chemin à suivre. Je crois sincèrement que c’est une grave erreur d’intervention quand on tente de transformer la personne autiste selon ce que nous jugeons adéquat. « Normal ». Que nous regardions ce qu’elle ne fait pas et mettons l’emphase sur ce qu’elle devrait faire selon nos perceptions.

Partir à l’aventure

Je suis curieuse et aventurière. À mes tous débuts, voyant un jeune autiste non-verbal regarder de très près sa petite voiture avec un angle bien défini à répétition, je me demandais qu’est-ce qu’il voyait ? Qu’est-ce qu’il ressentait à faire cela ? J’ai reproduit son comportement en m’assurant d’avoir le bon angle et de positionner mes yeux comme lui. Et j’étais « vraiment dedans » comme on dit! Je voulais voir, sentir, vivre la même chose que lui. Car de répéter un comportement aussi souvent devait assurément apporter quelque chose. Et là de voir l’enfant qui cessa totalement son comportement pour me regarder fixement la bouche entrouverte, en silence. Comme si j’étais la chose la plus intéressante qu’il ait jamais vue. Ce moment, je vais m’en souvenir toute ma vie. Surtout grâce au petit sourire au coin qu’il a fait. Il a recommencé et moi aussi.

Mais moi j’aime le changement! J’ai changé de petite voiture et lui tendit celle que j’avais dans les mains. Et il l’a prise. Nous avons passé un bon quinze minutes à regarder ainsi ses petites voitures, en ce les partageant tout en se regardant parfois avec des petits sourires de coins. Prenant des angles visuels de toutes sortes. Et des petites voitures parfaitement alignées, il en avait!

À un moment c’est moi qui lui approchais la voiture des yeux et ensuite il me le faisait à moi. Il trouvait ça bien drôle. Un moment magique ! Et c’est comme ça que j’ai créé mon lien avec cet enfant. Moi qui avais tout fait en début de rencontre pour l’amener faire des activités structurées à la table soigneusement planifiées. Activités qui l’intéressaient peu d’ailleurs. Mais ce n’était pas ce que je devais lui faire faire, des tâches organisées à la table ?

Ce moment a été un de mes plus marquants en carrière. Je me suis dit que pour tous mes clients, je tenterai de me faire inviter « dans leur monde ». Que comme premier contact et avec douceur, j’irais visiter son monde intérieur à lui. Vivre les expériences à sa façon. Que j’apprendrai leur « langage », ferai leurs activités et serai curieuse de découvrir tout ce qu’ils sont !

Lorsque le client voit que je parle son langage, son langage TSA qu’on finit par apprendre avec les années, le contact se fait presque immédiatement. Et lorsqu’il m’a montré son monde à lui, qu’il s’est senti compris, alors seulement à ce moment je l’invite en douceur à venir visiter le mien. Pas d’y déménager ! Visiter. Visiter et découvrir le monde typique avec mon soutien et mon accompagnement. En lui démontrant qu’il n’a pas à avoir peur. Je connais mon monde à moi et je pourrai le guider. Alors tranquillement on passe d’un monde à l’autre en faisant des allers-retours, un pied à la fois, une expérience à la fois, parfois de façon plus courageuse, parfois plus craintive, mais malgré les obstacles, nous avançons et apprenons un de l’autre.

C’est comme ça que j’ai commencé à comprendre ce qu’est l’autisme. Mon premier voyage s’est déroulé en petites voitures.  »